Il y a des jours où le corps parle plus fort que la bouche. Une migraine qui s’installe sans prévenir, un ventre qui se tord sans raison apparente, un dos qui refuse obstinément de se détendre, ou encore des maladies plus graves. Et si ces “maux du corps” n’étaient pas seulement des bugs biologiques, mais des messages finement codés de notre monde intérieur ?
La somatisation, c’est ce langage secret que le corps emploie quand l’âme ne trouve plus les mots. Elle transforme nos émotions non digérées en signaux physiques : tensions, douleurs, troubles digestifs ou insomnies. Pas pour nous punir, mais pour nous prévenir. Le corps, lui, ne ment jamais ; il répète doucement ce que l’esprit tente d’oublier.
Imaginez-le comme un ami fidèle, parfois maladroit, qui tape sur votre épaule pour attirer l’attention : “Eh, regarde ici, il y a quelque chose à entendre.”
C’est cette sagesse corporelle que la kinésiologie et la recherche des mémoires cellulaires tentent de décoder. Ces approches partent du principe que notre corps garde la trace de nos expériences passées, et qu’en apprenant à l’écouter, nous pouvons libérer bien plus qu’une douleur : nous pouvons libérer une histoire.
Alors, et si la prochaine fois qu’un mal de dos s’invite, on lui offrait un peu d’écoute ?
Car peut-être que la guérison ne commence pas dans le silence du symptôme, mais dans la conversation avec soi.
Qu’est-ce que la somatisation ?
Le mot “somatisation” vient du grec sôma, qui signifie “corps”.
Il désigne ce processus par lequel une émotion, un conflit intérieur ou un stress chronique trouve refuge dans le corps, se traduisant par un symptôme physique sans cause médicale évidente.
Bref quand l’esprit est débordé, le corps prend le relais pour évacuer ce qu’on ne peut plus supporter mentalement.
La médecine reconnaît d’ailleurs ce phénomène dans les “troubles psychosomatiques”. Rien de mystique là-dedans : c’est une interaction directe entre le système nerveux, hormonal et immunitaire.
Les émotions ne sont pas de simples pensées : ce sont des réactions chimiques et électriques qui traversent tout notre organisme.
La peur accélère le cœur, la colère chauffe le visage, la tristesse alourdit le corps. Quand ces émotions ne trouvent pas de moyen d’expression, elles s’impriment, comme une empreinte digitale dans la chair.
C’est un peu comme si le corps était un journal intime silencieux, ou la boîte noire d’un avion.
Il garde tout : les rancunes, les chagrins, les coups durs. Il note, il archive, il conserve. Et un jour, quand la pile de dossiers émotionnels est trop haute, il fait ce que tout bon assistant ferait : il tire la sonnette d’alarme.
Quelques exemples qui vous parlerons surement :
- Les migraines récurrentes qui accompagnent la surcharge mentale.
- Les douleurs dorsales après une période où l’on “en a plein le dos”.
- Les troubles digestifs après avoir “ravalé une colère”.
- Les insomnies quand la tête refuse de poser les armes.
Le corps parle souvent en métaphores. Il dit ce que nous disons déjà, mais en langage musculaire.
Et parfois, ce langage est bien plus honnête que nos paroles.
Les mémoires cellulaires : quand le passé s’invite dans le présent
Si chaque cellule de notre corps se renouvelle, pourquoi certaines douleurs persistent ?
C’est là qu’entre en scène la fascinante (et controversée) idée des mémoires cellulaires.
Selon cette approche, nos cellules enregistreraient non seulement des informations biologiques, mais aussi émotionnelles. Des souvenirs, des chocs, des schémas répétés pourraient ainsi être “stockés” dans le corps, comme des échos du passé.
Un traumatisme d’enfance, une peur vécue in utero, une perte non exprimée… Autant de micro-empreintes qui peuvent influencer notre équilibre aujourd’hui.
Les métaphores du corps :
Le corps ne choisit jamais par hasard là où il frappe : il exprime la métaphore corporelle de ce que vous vivez émotionnellement ! Il va créer physiquement ce que vous intériorisez mentalement et émotionnellement :
LA TÊTE & LE MENTAL : Là où ça cogite trop.
- “J’en ai plein la tête.”
- “Je me prends la tête.”
- “Je perds la tête.”
- “Ça me prend la tête pour rien.”
- “Je me casse la tête à tout comprendre.”
- “Je suis à bout de nerfs.”
- “Je tourne en boucle.”
- “J’ai le cerveau en ébullition.”
-> Souvent lié au contrôle, à l’hypermentalisation, à la surcharge mentale.
VISAGE & YEUX : Ce que je ne veux pas (ou plus) voir.
- “Je ferme les yeux sur la réalité.”
- “Je ne veux pas le voir.”
- “Je suis aveugle à ce qui m’arrive.”
- “Je ne vois pas clair dans cette situation.”
- “Je manque de vision.”
-> Symboliquement, les yeux reflètent la clarté intérieure, la vision juste.
GORGE & COU : La voie de la parole et de la vérité.
- “J’ai la gorge nouée.”
- “Je n’arrive pas à avaler ça.”
- “Je ravale mes mots.”
- “Je n’ai pas pu dire ce que je pensais.”
- “Ça m’est resté en travers de la gorge.”
-> Lié à la difficulté d’expression, à la peur de déplaire, à l’auto-censure.
POITRINE & CŒUR : Là où tout bat et tout ressent.
- “J’ai le cœur serré.”
- “J’ai le cœur lourd.”
- “J’ai mal au cœur (littéralement).”
- “J’ai le souffle coupé.”
- “Mon cœur s’emballe.”
- “Je respire mal, ça m’oppresse.”
-> Symbolise l’amour, la peine, la respiration émotionnelle.
RESPIRATION / POUMONS : L’espace intérieur, le droit d’exister.
- “Je manque d’air.”
- “Je suffoque.”
- “Je ne peux plus respirer.”
- “Je me sens étouffé·e.”
- “J’ai besoin de respirer un peu.”
-> Souvent lié à un manque d’espace, à une peur de la pression ou du rejet.
DOS & EPAULES : Tout ce qu’on porte, souvent trop.
- “J’en ai plein le dos.”
- “Je porte tout sur mes épaules.”
- “Je me tiens droite, quoi qu’il arrive.”
- “J’en ai lourd sur le cœur et le dos.”
- “Je n’en peux plus de porter les autres.”
-> Le dos parle de charge émotionnelle et mentale, de responsabilité et de soutien.
VENTRE & DIGESTION : L’alchimie émotionnelle, le traitement de la vie.
- “Je n’arrive pas à digérer ce qui s’est passé.”
- “J’ai la boule au ventre.”
- “Je me fais du mauvais sang.”
- “Je me sens tordu de l’intérieur.”
- “Je me ronge les sangs.”
-> Zone des émotions viscérales, du rapport à la peur, à la colère, à la culpabilité.
JAMBES & PIEDS : L’ancrage, l’avancée, la stabilité.
- “Je n’ai plus de jambes.”
- “Je n’arrive plus à avancer.”
- “Je perds pied.”
- “Je me sens coupé·e de mes racines.”
- “Je manque d’équilibre.”
-> Souvent lié à la peur de l’avenir, au manque d’ancrage ou à la perte de repères.
MAINS & BRAS : L’action, le don, la réception.
- “J’ai les mains liées.”
- “Je ne peux rien faire.”
- “Je tends la main mais personne ne la prend.”
- “J’ai du mal à lâcher prise.”
- “Je me sens impuissant·e.”
-> Les bras symbolisent le lien, la capacité à donner et à recevoir.
Conclusion : honorer le langage du corps
Le corps ne se trompe jamais. Il n’est ni l’ennemi, ni le juge, ni le boulet que l’on traîne : il est le traducteur fidèle de ce que l’on n’a pas encore su dire.
La somatisation nous rappelle que nous ne sommes pas divisés tête d’un côté, cœur de l’autre, corps à la traîne, mais un tout, vibrant, sensible, éloquent.
Alors, la prochaine fois qu’une douleur s’invite, avant de la faire taire, pourquoi ne pas lui poser la question :
“Qu’essayes-tu de me dire ?”
Parfois, la réponse n’a rien d’un diagnostic médical.
Parfois, c’est juste une émotion qui veut rentrer à la maison.
Et c’est dans cette écoute, humble et douce que naît la véritable guérison.
Apaiser les somatisations au quotidien
On ne peut pas empêcher les émotions, mais on peut éviter qu’elles s’entassent dans les placards du corps.
Voici quelques pistes simples pour apprivoiser la somatisation :
1. Respirer (vraiment): Pas juste inspirer par automatisme, mais respirer comme si on reprenait sa place dans le monde. La respiration profonde masse les organes, calme le système nerveux, et offre au corps une pause bienvenue.
2. Écrire ce qu’on ne dit pas: L’écriture est une kinésiologie de l’âme. Mettre des mots sur les maux, c’est déjà libérer un espace. Pas besoin d’être poète : un carnet, trois phrases honnêtes, et le corps se détend déjà un peu.
3. Bouger: Le mouvement, c’est la vie. Dansez, marchez, étirez-vous, sautez dans les flaques s’il le faut. Le corps a horreur de la stagnation (physique ou émotionnelle).
4. Se faire accompagner
Kinésiologie, thérapie psycho-corporelle, massage, ou simple conversation bienveillante : tout ce qui ramène à soi en douceur est précieux.
Ne pas tout porter seul, c’est aussi un acte de santé.
5. Ne pas culpabiliser: La somatisation n’est pas une faiblesse. C’est un mécanisme d’intelligence corporelle. Le corps ne se venge pas : il avertit. Il nous montre où l’attention manque, où la tendresse est absente.
Marine Beausoleil – kinésiologue & psychogénéalogiste à Moigny-sur-Ecole
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