Ton histoire commence bien avant ta naissance

Découvrir son projet sens, ce n’est pas chercher des coupables ni rejouer le passé. C’est comprendre le décor émotionnel dans lequel notre vie s’est écrite, pour en devenir l’auteur conscient.

Qu’est-ce que le projet sens ?

Le projet sens correspond au contexte émotionnel, familial et symbolique dans lequel un être est conçu, porté et accueilli.
Il s’étend de la période précédant la conception (le désir d’enfant, les intentions ou les peurs des parents), jusqu’à la naissance et les premiers mois de vie.

Autrement dit, c’est le “sens” que notre conception a eu, consciemment ou non, pour nos parents.
Sommes-nous venus pour réparer quelque chose ? Pour redonner espoir ? Pour unir, consoler, remplacer, combler ?
Ces intentions, souvent inconscientes, s’impriment dans la mémoire du corps et dans l’inconscient familial.

L’enfant devient alors porteur d’un scénario qui n’est pas le sien, mais qu’il rejoue malgré lui, jusqu’à ce qu’il le reconnaisse et choisisse de s’en libérer.

  • L’épigénétique montre que l’environnement, le stress ou les émotions vécues par nos parents peuvent modifier l’expression de nos gènes, sans en changer la structure.
    Ainsi, certaines réactions émotionnelles ou physiques peuvent être héritées non pas génétiquement, mais épigénétiquement, à travers l’histoire vécue par nos ancêtres.
  • De son côté, la mémoire du corps révèle comment nos cellules gardent la trace d’événements marquants, même vécus avant notre naissance.
    Une peur, une insécurité ou un besoin non comblé peuvent s’y imprimer, comme un écho ancien qui cherche à être entendu.

Ces découvertes ne visent pas à expliquer toute notre vie, mais à rendre visible ce qui agit en silence, pour nous permettre d’en faire quelque chose de conscient.

 Le contexte de la conception : un langage symbolique

Conçu après (parfois « après » c’est une génération plus tard) un drame, un deuil, une fausse couche, une séparation douloureuse: il vient souvent combler un vide.
Inconsciemment, il peut porter la mission de “ramener la joie” ou “faire revivre celui qu’on a perdu”.
Adulte, il ressent parfois une lourde responsabilité : devoir rendre les autres heureux, être “celui qui sauve”.

-> Le jour où il comprend que ce n’est pas à lui de réparer, il s’autorise à vivre pour lui, et non plus pour guérir les blessures d’avant.

Non prévu, parfois accueilli avec peur ou désarroi, il peut grandir avec l’idée qu’il doit mériter sa place. Il cherche à être parfait, utile, indispensable, pour se sentir légitime d’exister.

-> Lorsqu’il réalise qu’il n’a rien à prouver, il découvre la liberté d’être aimé simplement pour ce qu’il est.

Désiré depuis longtemps, attendu avec ferveur, il porte souvent les rêves de ses parents.
On lui confie inconsciemment la mission de réussir là où eux ont échoué : faire de belles études, construire une vie “réussie”, combler une attente.
Adulte, il peut se sentir étouffé par l’obligation de “réussir” ou coupable de vouloir un autre chemin.

-> Se libérer, c’est comprendre qu’aimer ses parents ne signifie pas réaliser leurs rêves, mais honorer les siens.

Parfois conçu pour sauver un couple en crise, il devient inconsciemment le ciment du lien parental.
Adulte, il peut se retrouver à jouer le rôle du médiateur, à éviter les conflits, à tout faire pour maintenir la paix autour de lui, souvent au détriment de ses propres besoins.

-> Reconnaître ce scénario, c’est apprendre que l’amour ne se gagne pas en réparant les autres, mais en restant soi.

Il arrive qu’un enfant soit conçu après la perte d’un autre. Sans que personne ne le dise, il devient celui qui vient combler le vide. Souvent, il porte une tristesse diffuse ou une difficulté à trouver sa véritable identité, comme s’il vivait à la place de quelqu’un d’autre.

-> Se libérer de ce rôle, c’est s’autoriser à exister pour soi, et non en hommage à une absence.

Certains naissent pour “rétablir l’équilibre” d’un clan : ramener un nom, un sexe, un héritage symbolique. Exemple : “Il nous fallait enfin un garçon pour reprendre le flambeau” ou “une fille pour adoucir la lignée”. Ces attentes peuvent créer des conflits intérieurs entre ce que l’on est et ce qu’on attend de nous.

-> Comprendre cette mission inconsciente permet d’oser être différent, sans trahir sa famille.

Quand un parent traverse une grande souffrance (maladie, dépression, solitude) l’enfant peut inconsciemment devenir “celui qui donne une raison de vivre”. Plus tard, il aura tendance à s’occuper des autres, à choisir des métiers d’aide ou à s’épuiser dans des relations déséquilibrées.

-> Son chemin de libération consiste à comprendre qu’il n’a pas à sauver, mais à vivre, et que sa lumière suffit.

Parfois, la conception se fait dans un contexte de non-dit : adultère, adoption, IVG précédente, viol, honte ou tabou. Ces secrets, même tus, imprègnent la mémoire du corps et se transmettent à travers l’inconscient familial. L’enfant peut ressentir une confusion identitaire ou une peur du rejet sans en connaître l’origine.

-> Mettre de la conscience sur ce qui a été caché permet de transformer le secret en histoire — et de retrouver la paix.

Comprendre pour se libérer

Travailler sur son projet sens ne signifie pas fouiller le passé pour s’y perdre, mais remettre de la conscience là où il y avait de l’inconscience.
Quelques pistes douces pour commencer ce chemin :

  1. Observer ses schémas récurrents
    • Quelles situations se répètent dans ma vie ?
    • Y a-t-il un thème récurrent (sauver, réparer, prouver, mériter) ?
  2. Explorer le contexte de sa conception
    • Que vivaient mes parents à ce moment-là ?
    • Était-ce une période de joie, de crise, de perte, d’attente ?
    • Quelle place avais-je symboliquement (attendu, surprise, espoir, compensation…) ?
  3. Interroger son ressenti
    • Qu’est-ce que mon corps me dit quand j’y pense ?
    • Où ressens-je des tensions, des émotions, des images ?
  4. Mettre des mots, pas des jugements
    • L’objectif n’est pas d’accuser, mais de comprendre avec tendresse.
    • Nos parents ont fait ce qu’ils ont pu, avec leur propre histoire et leurs blessures.
  5. Transformer la mémoire
    • Par un acte symbolique, une parole libératrice, une écriture, ou un accompagnement thérapeutique.
    • Chaque prise de conscience apaise la lignée et libère les générations futures.

Il est essentiel de rappeler que le projet sens n’est pas une fatalité. C’est une clé, pas une cage.
Nous ne sommes pas prisonniers de notre conception : nous pouvons en faire une source de compréhension et de transformation. Ce que l’on découvre, on peut choisir d’en faire une force. Ce que l’on éclaire, on cesse de le subir. Découvrir le projet sens, c’est comprendre que nos premières empreintes émotionnelles ne définissent pas notre avenir : elles nous montrent simplement le chemin de notre liberté.

REPRENDRE SA PLACE

Chaque être humain est le fruit d’un contexte unique, tissé d’amour, de peur, d’espoir et de mémoire. Reconnaître ce contexte, c’est relire la première page de notre histoire, non pour la juger, mais pour en saisir la profondeur.

Le projet sens n’est pas une théorie ésotérique, ni une vérité absolue, figée : c’est un outil de conscience. Il relie la psychologie, la biologie, l’épigénétique et la mémoire du corps dans une même évidence :

Nous sommes façonnés par le visible et l’invisible, et il nous appartient de transformer cet héritage en liberté.

Alors, la prochaine fois que vous vous demanderez “pourquoi je suis comme ça ?”,
rappelez-vous que peut-être, la réponse se trouve dans ce moment mystérieux où tout a commencé : l’instant de votre conception, quand votre âme a choisi de dire : “Oui, je viens, et je vais vivre cette histoire à ma manière.”

Marine Beausoleil – kinésiologue & psychogénéalogiste à Moigny-sur-Ecole

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