Tu t’es peut-être déjà demandé pourquoi certains schémas reviennent encore et encore dans ta vie. Pourquoi tu tombes toujours sur le même type de personnes. Pourquoi tu portes une peur, une tristesse ou une fatigue qui ne semble pas t’appartenir. Ou encore pourquoi, malgré tous tes efforts, tu reproduis des situations que tu voulais justement éviter.
Et si tout cela ne venait pas seulement de toi ?
Et si certaines de ces émotions, réactions ou comportements étaient les échos d’histoires anciennes, portées dans ton corps, ton cœur, et ta mémoire cellulaire ?
Qu’est-ce qu’une transmission transgénérationnelle ?
Les transmissions transgénérationnelles, ce sont les mémoires émotionnelles, corporelles ou comportementales qui se transmettent inconsciemment d’une génération à l’autre. Elles peuvent être visibles, c’est-à-dire observables dans la vie de famille, ou invisibles, plus subtiles, inscrites dans le corps, dans les émotions, et dans les silences.
Chaque génération lègue un peu de son vécu à la suivante, consciemment ou non. Et tout ce qui n’a pas pu être dit, pleuré, reconnu ou digéré… cherche à être vu à travers ceux qui viennent après. C’est la vie qui se prolonge.
Les transmissions visibles : ce que l’on voit, répète et imite
Les transmissions visibles sont celles que l’on peut repérer facilement.
Elles s’expriment à travers les comportements, les valeurs, les habitudes, les modes de pensée, les métiers, les maladies parfois.
Elles sont comme des photocopies de génération en génération, parfois un peu floues, mais bien présentes.
-> Les croyances familiales
“Chez nous, on ne montre pas ses émotions.”
“Les femmes doivent être fortes.”
“Un homme, ça ne pleure pas.”
“L’amour, ça fait souffrir.”
“Il faut se battre pour réussir.”
Ces petites phrases anodines, répétées mille fois, finissent par devenir des lois intérieures.
Elles façonnent notre rapport à la vie, à la joie, au travail, à la vulnérabilité.
-> Les schémas relationnels
Dans certaines familles, les femmes se retrouvent systématiquement dans des relations où elles doivent “sauver” l’autre.
Ou les hommes, génération après génération, sont absents émotionnellement ou physiquement.
Ce sont des modèles intégrés très tôt : on aime comme on a vu aimer. Et souvent, on ne choisit pas consciemment de répéter… on rejoue simplement un scénario connu.
-> Les destins professionnels
Certaines lignées suivent la même voie sans s’en rendre compte :
toutes les femmes sont infirmières, professeures, thérapeutes ; tous les hommes sont artisans ou militaires.
Parfois, c’est une forme de fidélité (“je marche dans les pas de mon père”)…
Parfois, c’est une tentative de réparer (“je fais ce qu’il n’a pas pu faire”).
-> Le corps et la santé
Il existe aussi des transmissions visibles dans le corps :
des douleurs, des symptômes, voire des maladies récurrentes dans la famille, sans explication génétique directe.
Ce n’est pas “dans la tête” : c’est dans la mémoire cellulaire.
Le corps porte parfois les émotions non vécues de la lignée.
Exemple :
- Une famille où les femmes souffrent toutes du ventre (endométriose, douleurs pelviennes) — souvent, le ventre porte les mémoires de maternité, de perte, de silence féminin.
- Une lignée masculine avec des problèmes cardiaques — parfois liés à une difficulté à exprimer l’amour ou la tendresse.
-> Les schémas de loyauté
Et puis, il y a ces loyautés invisibles qui se voient très bien dans les actes :
- Toujours s’occuper des autres avant soi (comme maman, comme grand-mère).
- Ne jamais dépasser le niveau social de ses parents (“par loyauté, je n’ai pas le droit de réussir plus”).
- Tomber enceinte à l’âge où sa mère ou sa grand-mère l’ont été.
- Rejouer un divorce, un échec, une perte, comme si c’était “programmé”.
Ces répétitions ne sont pas des fatalités, mais des langages d’amour inconscients.
C’est une manière de dire à sa lignée : “Je vous suis fidèle.”
Les transmissions invisibles : ces mémoires que l’on sent sans les voir
Et puis, il y a tout ce qui ne se dit pas, ne se voit pas, mais se ressent.
Les transmissions invisibles sont les plus puissantes, car elles habitent notre inconscient et… notre corps.
Elles circulent à travers les non-dits, les traumatismes non digérés, les silences, les énergies figées.
Ce sont les émotions que nos ancêtres n’ont pas pu exprimer, les peurs qu’ils ont dû ravaler, les douleurs qu’ils ont enfouies pour survivre.
-> Les secrets de famille
Un enfant mort-né dont on n’a jamais parlé.
Un suicide passé sous silence.
Un inceste, un abus, une honte.
Un changement d’identité, une adoption cachée, un exil jamais évoqué.
Ces événements créent des zones de silence dans le champ familial.
Et souvent, un descendant “porte” ce secret, sans le savoir :
il ressent une lourdeur, une tristesse, un vide sans explication.
Le corps, lui, se souvient de tout.
-> Les loyautés inconscientes
Et puis, il y a ces loyautés invisibles qui se voient très bien dans les actes :
- Toujours s’occuper des autres avant soi (comme maman, comme grand-mère).
- Ne jamais dépasser le niveau social de ses parents (“par loyauté, je n’ai pas le droit de réussir plus”).
- Tomber enceinte à l’âge où sa mère ou sa grand-mère l’ont été.
- Rejouer un divorce, un échec, une perte, comme si c’était “programmé”.
Ces répétitions ne sont pas des fatalités, mais des langages d’amour inconscients.
C’est une manière de dire à sa lignée : “Je vous suis fidèle.”
Parfois, on répète une souffrance pour ne pas “trahir” la famille.
“Si ma grand-mère a vécu dans la pauvreté, je ne peux pas m’autoriser l’abondance.”
“Si mon père a été malheureux en amour, je ne peux pas être plus heureuse que lui.”
Ces loyautés invisibles sont des liens d’amour mal orientés.
Elles nous gardent attachés à la douleur du clan, comme si on disait :
“Je préfère souffrir comme vous que de vivre autrement.”
-> Les mémoires périnatales
Le corps porte aussi les traces des événements autour de la naissance.
Par exemple :
- Une fausse couche ou un avortement non reconnu dans la lignée peut créer un sentiment d’illégitimité ou de vide chez un descendant.
- Le “syndrome du jumeau perdu” : une âme qui a partagé le ventre maternel mais n’a pas survécu, laissant à l’autre un manque inexplicable, un sentiment de solitude profonde.
- Une naissance difficile, une séparation mère-bébé, ou une absence de contact peuvent laisser une empreinte de peur ou d’insécurité corporelle.
Ces mémoires se transmettent, non pas par les mots, mais par le système nerveux, les hormones du stress, les émotions tues.
-> Les empreintes de guerre et de survie
Nous portons encore dans nos cellules les traces des guerres, famines, exils et pertes de nos ancêtres.
Ces vécus peuvent générer des réactions disproportionnées aujourd’hui :
peur du manque, hypervigilance, besoin de tout contrôler, impossibilité de se détendre.
Et pourtant, ces réactions ne sont pas “toi” : elles sont les réflexes de survie d’une autre époque qui vivent encore en toi.
Comment reconnaître qu’une mémoire transgénérationnelle agit en toi
Voici quelques indices fréquents :
- Tu répètes un schéma sans comprendre pourquoi.
- Tu ressens une émotion forte, “trop” forte, pour une situation anodine.
- Tu portes une peur ou une tristesse “sans cause”.
- Tu as souvent l’impression de “réparer quelque chose”.
- Tu te sens coupable d’aller bien, d’être heureuse, de réussir.
- Ton corps réagit avant même que tu saches pourquoi.
- Tu as des symptômes inexpliqués, qui ne trouvent pas de cause médicale.
Ces signes ne sont pas là pour t’accabler. Ils sont là pour t’informer.
Ton corps est le messager fidèle de ta lignée, il parle là où le silence s’est installé.
Libérer, ce n’est pas effacer : c’est remettre à sa juste place
Travailler sur les transmissions transgénérationnelles, ce n’est pas “reprocher” à sa famille, ni chercher des coupables. C’est simplement remettre du mouvement là où il y avait de l’immobilité, du silence, de la peur. C’est reconnaître :
“Oui, cela a existé. Oui, cela m’a traversé.
Et maintenant, je choisis de vivre autrement.”
Tu peux:
1. Mettre des mots sur les non-dits: Parler de ce qui a été tu, nommer les émotions, même symboliquement, libère une énorme charge.
Parfois, ça passe par une simple phrase : “Je te vois. Ce que tu as vécu ne m’appartient pas.”
2. Honorer sans porter: Tu peux aimer tes ancêtres sans porter leurs douleurs. Les reconnaître, c’est leur permettre de se reposer enfin.
C’est une forme d’amour mature : “Je t’aime, mais je choisis la vie.”
3. Travailler avec le corps: Le corps est un allié précieux pour dénouer ce que la tête ne comprend pas : respiration consciente, mouvement, kinésiologie, danse, somatothérapie, tapping, etc. Ces approches permettent à la mémoire émotionnelle de se libérer en douceur.
4. Créer de nouvelles empreintes :
Chaque fois que tu choisis la douceur là où il y avait dureté,
Chaque fois que tu choisis la parole là où il y avait silence,
Chaque fois que tu choisis le repos là où il y avait tension,
tu offres à ta lignée une guérison silencieuse.
-> Tu n’as pas besoin de tout “régler”. Tu as juste à être consciente et vivante.
FINALEMENT…
Les transmissions transgénérationnelles, visibles ou invisibles, sont partout autour de nous (et surtout en nous).
Elles ne sont pas là pour nous enfermer, mais pour nous inviter à transformer.
Elles nous rappellent que nous sommes les enfants d’une histoire, mais aussi les créateurs d’une nouvelle.
Marine Beausoleil – kinésiologue & psychogénéalogiste (77 & 91)

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